
L’engouement constaté en 2025 pour les produits structurés s’explique par une conjoncture financière quasi parfaite pour ce type d’instruments.
April 2, 2026

Par Maxime LIVRAGHI – Kepler Cheuvreux Solutions – Directeur Adjoint Distribution France
Quels ont été les piliers pour expliquer ce succès ?
2025 : une bonne année, mais pas par hasard
Pour comprendre pourquoi 2025 a été favorable aux produits structurés, il faut regarder ce qui s'est passé sur les marchés : une très forte dispersion sectorielle. Les banques européennes ont progressé de plus de 80 % (source : STOXX), pendant que l'automobile ou la chimie reculaient.
Cette dispersion, couplée à une volatilité élevée (notamment liée aux tensions commerciales avec les États-Unis), est exactement ce dont les produits structurés sur actions ont besoin pour être bien construits. Elle a permis de proposer des coupons attractifs, pouvant, à titre purement indicatif et non garanti, se situer entre 6 % et 10 % par an(1), tout en maintenant des protections raisonnables, dépendantes des conditions de marché au moment de la structuration.
Les produits de taux : la grande tendance de 2025
Autre fait marquant : l'essor des produits de taux à capital protégé à l'échéance.
Pendant une décennie, les taux proches de zéro rendaient ces produits peu attractifs : la protection du capital consommait l'essentiel du budget, ne laissant presque rien pour générer du rendement. Depuis la remontée des taux, il est redevenu possible de protéger son capital à l'échéance tout en offrant un rendement conditionnel significatif.
Dans ces produits, le rendement est indexé au maintien ou à la baisse d'un taux de référence. En 2025, le TEC10, soit le taux auquel l'État français emprunte à 10 ans, a été la référence phare. Si ce taux reste sous un certain seuil, l’investisseur touche le coupon. S'il remonte trop, le rendement peut être réduit, voire nul, mais le capital reste protégé à l'échéance.
⚠️ Un point essentiel : « capital protégé à l'échéance » ne veut pas dire que vous pouvez sortir quand vous voulez sans risque. En cas de sortie anticipée, la valeur de revente peut être inférieure à votre mise initiale. Et comme tout produit structuré, vous restez exposé au risque de défaut de l'émetteur.
Les indices à dividende fixe : comprendre ce que vous acceptez
En 2025, plus d'un produit sur trois(1) était construit autour d'un indice à dividende fixe, aussi appelé indice décrément. C'est l'un des mécanismes les plus répandus du marché, et l'un des moins bien compris.
Pour y voir plus clair, une vidéo explicative est disponible.
Le principe : au lieu de distribuer des dividendes, l'indice réinvestit les dividendes versés et déduit chaque année un montant forfaitaire fixe (par exemple 50 points), quelles que soient les conditions de marché. Cela simplifie l'ingénierie financière et permet aux banques de proposer des coupons plus attractifs ou des protections optimisées. Le produit paraît plus généreux.
Mais cette générosité a une contrepartie : le risque lié aux dividendes, habituellement porté par la banque, est transféré vers l’investisseur. Si les entreprises versent moins que le montant fixe déduit, en période de crise ou de récession, l'indice baisse davantage qu'un indice classique et les scénarios défavorables peuvent se déclencher plus tôt que prévu.
⚠️ Avant de signer, demandez quel est le dividende déduit chaque année et comparez-le aux dividendes historiquement versés. Plus l'écart est faible, plus le risque est maîtrisé.
2026 : des opportunités, mais plus de discernement
Le marché entre en 2026 avec une confiance élevée, nourrie par les bonnes performances récentes(2). C'est compréhensible, mais c'est précisément dans ce contexte qu'il faut redoubler de vigilance, en particulier s’agissant de produits complexes comme les produits structurés.
Plusieurs thèmes concentrent aujourd'hui l'intérêt des investisseurs :
- la technologie américaine et l'intelligence artificielle,
- le retour progressif de la Chine après plusieurs années de défiance (crise immobilière, crise de la demande intérieure, déflation...),
- les métaux stratégiques liés à la transition énergétique.
Dans chacun de ces cas, les produits structurés permettent d'y accéder avec une protection partielle, ce qui en fait une alternative raisonnable au risque actions pur, en contrepartie d’une complexité accrue et de scénarios défavorables à bien comprendre.
Du côté des taux, après le succès du TEC10(1), deux nouvelles références émergent : le CMS 1 an, qui reflète les anticipations sur la pente des taux à court terme en zone euro, et l'Euribor 12 mois, plus directement lié aux taux monétaires européens.
Un focus sectoriel : la pharmacie
Un secteur retient particulièrement l'attention en ce début 2026 : la pharmacie.
Après une période de sous-performance relative, les grands noms européens du secteur présentent :
- des valorisations redevenues raisonnables,
- des bilans solides,
- une demande structurellement portée par le vieillissement des populations.
Un contexte qui se prête bien à la construction de produits structurés offrant des rendements attractifs(2), avec une protection du capital partielle à la baisse.
Exemple de structure : le « Phoenix Mémoire Asynchrone »
Une approche possible pour capter cette valeur peut être par exemple un produit dit « Phoenix Mémoire Asynchrone », qui vient distribuer un rendement chaque trimestre si le sous-jacent le moins performant, d'un panier de deux valeurs, est observé au-dessus de la barrière de paiement du coupon.
Trois mécanismes viennent enrichir cette structure de base :
- L'effet mémoire : Si un coupon n'est pas versé parce que le sous-jacent le moins performant est passé sous la barrière de paiement de coupon lors d'une observation, il n'est pas perdu pour autant. Il est mis en mémoire et rattrapé intégralement dès que les conditions sont à nouveau réunies. Une façon de lisser les effets d'une période difficile sans sacrifier le rendement potentiel.
- L'effet asynchrone : Dans un autocall classique, le rappel anticipé du produit exige que toutes les valeurs du panier soient au-dessus de leur barrière simultanément, à la même date d'observation. Ici, la logique est différente : dès lors que chaque valeur du panier a été observée au moins une fois au-dessus de son niveau de rappel, peu importe que ce soit à des dates différentes, le produit s'arrête. Ce mécanisme augmente la probabilité de rappel anticipé et donc de récupérer son capital plus tôt que prévu
- La protection du capital à l'échéance : Si le produit n'a pas été rappelé anticipativement et que le sous-jacent le moins performant n'a pas chuté de plus de 50 % par rapport à son niveau initial, le capital est intégralement remboursé à maturité. Un filet de sécurité qui encadre le risque sans l'éliminer.
À titre illustratif, une telle structure pourrait offrir un rendement autour des 10 % net par an.(2)
CE QU'IL FAUT RETENIR _________ Avant d'investir dans un produit structuré, une question est essentielle : « Que se passerait-il dans le pire des cas ? » Les produits structurés peuvent avoir une vraie place dans votre épargne, à trois conditions : 1. Comprendre les trois scénarios du produit. 2. vérifier que la durée est compatible avec vos besoins et ne pas courir après le coupon le plus élevé sans regarder ce qui se cache derrière. 3. Un coupon plus élevé traduit presque toujours une prise de risque accrue (sous-jacents plus volatils, barrières plus basses, complexité plus importante, etc.). Il est indispensable d’analyser ce qui se cache derrière le rendement affiché. _________ En 2026, les opportunités sont réelles. Mais elles demandent plus de discernement qu'en 2025. Le bon produit structuré, c'est celui qui correspond à votre situation, pas celui qui affiche le chiffre le plus séduisant. |
Les produits structurés comportent un risque de perte en capital mais également un risque de marché et de liquidité.
Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Cet article est fourni à titre informatif et ne constitue pas un conseil en investissement. Les opinions, analyses et appréciations exprimées sont celle de l'auteur à la date de rédaction. Il appartient à chaque investisseur de s’assurer, avec l’aide de ses conseils que le produit est adapté à sa situation personnelle.
Les exemples et chiffres de rendement mentionnés dans cet article sont fournis à titre purement illustratif et ne constituent ni une promesse, ni une garantie de performance future.
(1) Source : Kepler Cheuvreux.
(2) Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.
Crédit photos : Getty Images.