
Cumul emploi retraite : l’étau se resserre sur les retraités actifs
Alors que le Projet de Loi de Financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2026 a été définitivement adopté le 16 décembre dernier par l’Assemblée nationale dans une atmosphère politique tendue, une disposition moins médiatisée pourrait avoir des conséquences majeures pour des centaines de milliers de retraités actifs : la réforme du cumul emploi-retraite.
January 23, 2026

Initialement pensé comme une solution de transition, le cumul emploi-retraite permet aux assurés ayant liquidé leurs droits de reprendre une activité professionnelle sans renoncer à leur pension. Au fil des années, le dispositif s’est largement développé, porté par l’allongement des carrières et la volonté de nombreux seniors de compléter leurs revenus et de rester actifs.
Pour l’exécutif, ce cumul aurait progressivement dévié de son objectif initial, en permettant à certains assurés de liquider leur retraite plus tôt tout en poursuivant une activité au détriment de l’équilibre financier du système.
Jusqu’ici, le dispositif repose sur une distinction majeure :
- Le cumul emploi-retraite intégral, lorsque la retraite est liquidée à taux plein.
- Le cumul emploi-retraite plafonné, lorsque la retraite n’a pas été liquidée à taux plein. Dans ce cas la somme des pensions et des revenus d’activité ne doit pas dépasser 160 % du Smic mensuel brut ou le montant du dernier salaire d’activité brut s’il est plus élevé.
La réalité des nouvelles règles, qui s’appliqueront aux assurés prenant leur retraite à partir du 1ᵉʳ janvier 2027, est toute autre. Le texte adopté(1) prévoit une architecture à trois niveaux selon l’âge du retraité au moment de la reprise d’activité :
- Avant l’âge légal de départ à la retraite : cela revient à ce que l’intégralité des revenus soit déduite de la pension de retraite, supprimant de fait l’intérêt financier de cumuler travail et retraite.
- Entre l’âge légal et 67 ans : le cumul resterait possible, mais avec une réduction de pension correspondant à 50 % des revenus d’activité qui dépassent un seuil annuel (destiné à être précisé par décret).
- Après 67 ans : le cumul deviendrait libre, permettant de cumuler intégralement ses revenus d’activité et sa pension, voire d’acquérir des droits à une seconde pension.
Ces mesures se traduisent par une équation claire : travailler davantage avant 67 ans ne rapportera pas plus, et pourrait même réduire le montant de la pension perçue. La réforme a suscité de vives réactions parmi les syndicats et les organisations professionnelles, notamment chez les professions libérales qui dénoncent une mesure pénalisante et dissuasive.
Cette réforme constitue un tournant dans la manière dont la France conçoit la fin de carrière, avec un arbitrage clair entre incitation à prolonger l’activité et protection des finances publiques.
(1) Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour l’année 2026 : https://www.securite-sociale.fr/la-secu-en-detail/loi-de-financement/annee-en-cours
Crédit photos : Getty Images.
