Caroline Thiebaut : Quelles seraient les conséquences d’un prix du pétrole qui resterait durablement supérieur à 100 dollars ?
Marc Favard : La hausse des prix de l’énergie, si elle se maintenait, aurait un impact haussier sur l’inflation et baissier sur la croissance. Au‑delà des seuls prix de l’énergie, l’impact élargi sur l’économie dépendra aussi du resserrement des conditions financières.
Pour l’instant, la remontée des taux obligataires se maintient dans des marges de fluctuation observées les derniers trimestres. Les investisseurs remettent surtout en cause les trajectoires des taux des banques centrales.
Caroline Thiebaut : À ce stade, quels sont les premiers enseignements des marchés ?
Marc Favard : Le choc iranien a pris les investisseurs à revers. Le consensus baissier sur le dollar, le narratif de marché centré sur les risques liés à l’IA (intelligence artificielle) et le regain d’optimisme pour l’Europe et l’Asie… ces perceptions s’inversent.
Pour l’instant, la baisse des marchés reste contenue. De nombreux analystes jugent peu probable la volonté de Donald Trump de s’engager dans un conflit de longue durée.
Caroline Thiebaut : Et à plus long terme ?
Marc Favard : Il est important de rappeler que l’économie mondiale n’est plus autant sensible au prix de l’énergie comme par le passé. La remontée de l’énergie intervient dans un contexte différent de celui de 2022, où la demande très forte était bridée par des goulets d’étranglement généralisés.
De plus, l’historique des chocs depuis 2020 – Covid, choc inflationniste, Ukraine, guerre commerciale – plaide en faveur de scénarios de résilience.
C.T. : En début d’année, l’économie mondiale résistait mieux qu’attendu. Estimez-vous cette résilience homogène d’une zone à l’autre ?
M.F. : Non, elle est très contrastée.
En Europe, le tournant le plus important vient de l’Allemagne, qui accepte de desserrer son « verrou budgétaire ». L’augmentation des dépenses d’infrastructures et de défense devrait soutenir l’industrie européenne à moyen terme. Mais la consommation des ménages reste prudente, avec un taux d’épargne élevé, et le secteur manufacturier pâtit encore des droits de douane américains. Il serait affecté par la remontée du pétrole.
Aux États‑Unis, le début de 2026 est porté par un stimulus budgétaire voté à l’été 2025 et par les investissements liés à l’IA et à la réindustrialisation. La dérive des comptes publics et de potentielles tensions sur les taux longs constituent de vrais sujets de vigilance.
En Chine, la consommation intérieure reste fragile, mais les exportations hors États‑Unis se tiennent bien. Pékin a renforcé ses mesures budgétaires et monétaires pour soutenir l’activité, et le secteur technologique demeure très dynamique.
Dans plusieurs pays émergents, comme le Brésil, le contexte de taux mondiaux plus favorables et la recherche de diversification attirent de nouveau les investisseurs.
C.T. : Dans cet environnement, comment les marchés financiers se positionnent-ils ?
M.F. : Les marchés actions abordent 2026 avec un moteur clair : la croissance attendue des bénéfices par action(4), de l’ordre de 12 % aux États‑Unis comme en Europe. Si ces attentes sont confirmées, les actions devraient rester bien orientées.
Mais le cadre devient de plus en plus exigeant : les valorisations, notamment américaines, sont élevées, les performances très concentrées autour de quelques grandes valeurs technologiques et de l’IA, et la volatilité reste marquée sur les devises, les matières premières et les cryptomonnaies. La rentabilité réelle des gigantesques investissements dans l’IA n’est pas encore totalement démontrée, alors qu’ils sont de plus en plus financés par l’endettement.
Tout cela se superpose à un environnement géopolitique très chargé : évolution des droits de douane américains, incertitudes autour des décisions de l’administration Trump, guerre en Ukraine et, maintenant, en Iran, tensions au Venezuela, en Corée du Nord ou en mer de Chine. Ajoutez à cela le dérapage des finances publiques dans de nombreux pays et la pression sur les taux longs, vous obtenez un cadre dans lequel, même en présence de croissance, le marché devient moins complaisant.
C.T. : Dès lors, en cet instant, dans ce contexte contrasté, quelle est la stratégie d’investissement chez Promepar Asset Management ?
M.F. : Notre stratégie repose sur trois mots‑clés : diversification, sélectivité et discipline sur le risque.
Sur les actions, nous restons globalement positifs, mais l’approche « tout indice » ne nous semble plus adaptée. C’est la qualité de la sélection qui fera la différence.
C.T. : Précisément, sur les actions, quelles sont vos principales convictions géographiques ?
M.F. : En Europe, nous gardons un biais constructif. Le déploiement des plans de relance, la montée en puissance des investissements dans les infrastructures, la défense et la transition énergétique sont des soutiens importants. Les valorisations y sont, en moyenne, plus raisonnables qu’aux États‑Unis.
Aux États‑Unis, nous restons investis, mais de manière sélective. Le marché profite du dynamisme de l’IA, de la réindustrialisation et du soutien budgétaire, mais les valorisations élevées et la concentration de la performance sur quelques grands titres nous incitent à éviter une exposition trop large aux indices. Nous privilégions une sélection de sociétés capables de transformer durablement ces investissements en résultats, sans payer des multiples que nous jugeons excessifs.
Dans les pays émergents, nous redonnons une place à la Chine et à certains grands marchés comme le Brésil. En Chine, l’amélioration de la rentabilité des entreprises, le dynamisme du secteur technologique et le retour progressif des investisseurs étrangers plaident pour une exposition mesurée. Les émergents, plus largement, restent un relais de croissance et de rendement dans un monde où les taux se normalisent.
C.T. : Et en termes de secteurs, quels sont vos thèmes privilégiés ?
M.F. : Nous structurons nos portefeuilles autour de quelques priorités.
D’abord, les industrielles liées aux infrastructures, à la défense et à l’électrification de l’économie, dans le cadre de la transition énergétique et de la modernisation des réseaux.
Ensuite, les valeurs financières, de manière plus sélective, qui bénéficient de taux redevenus « normaux » et d’une meilleure rémunération de l’intermédiation.
La santé reste un pilier important, pour sa combinaison de visibilité, d’innovation et de résilience.
Enfin, nous regardons favorablement les cycliques “dures” – industrie lourde, matériaux, équipements – qui profitent du retour des investissements physiques et de la réindustrialisation.
C.T. : Sur la partie obligataire, quelles sont vos principales orientations ?
M.F. : Sur les emprunts d’État, nous restons neutres. Certes, les rendements sont redevenus récemment plus attractifs en absolu, mais la dérive des finances publiques, la perte progressive du statut de valeur refuge et les incertitudes sur l’inflation nous poussent à la prudence, surtout sur les maturités longues.
En revanche, nous voyons encore de la valeur dans le crédit. Le portage reste intéressant, même après le resserrement des spreads (écarts de taux). Là encore, la clé est la sélection : nous nous concentrons sur des émetteurs solides, avec des bilans maîtrisés, capables d’absorber un coût de financement plus élevé qu’au cours de la décennie passée.
La dette émergente conserve aussi sa place. Elle bénéficie généralement des phases d’assouplissement monétaire des grandes banques centrales, notamment la Fed. Nous privilégions les émissions en devises fortes, pour limiter le risque de change, dans un contexte où le niveau d’équilibre du dollar reste incertain.
C.T. : Quel rôle accordez-vous aujourd’hui aux supports monétaires dans vos allocations ?
M.F. : Les supports monétaires en euros, avec des rendements revenus autour de 2 %(5) actuellement, redeviennent principalement des outils de gestion de trésorerie et de liquidité. Ils restent utiles pour attendre et saisir des opportunités, mais ne peuvent plus être considérés comme un moteur de performance pour un investisseur à moyen ou long terme.
C.T. : Dans ce contexte, quels produits ou solutions conseilleriez-vous à nos clients ?
M.F. : Nous avons développé une gamme de solutions diversifiées en termes de niveau de risque, pouvant s’adapter à chacun des profils.
Pour les profils les plus dynamiques, nous présentons, par exemple, BRED Croissance(6) (SRI 4) ; pour un risque intermédiaire, BRED Équilibre(7) (SRI 3) et, pour un positionnement prudent, BRED Patrimoine(8) (SRI 2).
Cette gamme a bien performé en 2025(9), sans préjuger des résultats futurs, et certains fonds ont été distingués par des récompenses, notamment pour BRED Croissance(10).
Nous proposons également des solutions sous forme de mandats, ce qui permet d’intégrer pleinement la gestion déléguée dans le dispositif patrimonial de nos clients.
Sur la partie taux, pour un horizon de placement sur le court et moyen terme, nous proposons la solution obligataire Octys(11), ainsi que notre fonds daté BRED Horizon 2029(12), qui ont affiché, sur l’année 2025, une performance brute comprise entre 3 % et 4 %, non garantie et susceptible de varier à l’avenir. Les performances passées ne sont pas un indicateur fiable des performances futures.
Nous disposons également d’un fonds obligataire, BRED Obligations Opportunités(13), dont l’objectif est de se positionner de manière opportuniste sur les segments obligataires visant à offrir, à un moment donné, un couple rendement/risque qui peut être attractif, sans garantie de performance et avec un risque de perte en capital.
C.T. : Vous semblez particulièrement convaincu du potentiel de la zone euro ?
M.F. : Oui, en effet. Nous pensons toujours que les arguments en faveur d’un positionnement sur la zone euro restent solides pour les prochaines années.
Pour compléter les arguments développés précédemment, je vois plusieurs raisons d’être optimistes. D’abord, l’Europe a mieux résisté qu’anticipée en 2025 et le moral des chefs d’entreprise s’est amélioré. Ensuite, la baisse des taux a relancé le crédit. L’épargne accumulée reste extrêmement abondante, ce qui constitue un réservoir de consommation et d’investissement.
L’Allemagne commence à faire évoluer son modèle, notamment via la dépense publique. L’amélioration de la conjoncture en Chine serait également favorable à la zone euro. On peut ajouter certaines initiatives prises pour limiter les effets de la concurrence internationale dans les secteurs les plus exposés.
Pour nos clients, nous avons développé des fonds et des solutions en mandat qui ont fait leurs preuves depuis plusieurs années. Ces performances, observées par le passé, ne préjugent toutefois pas des résultats futurs. Je citerais par exemple le mandat multigestion PEA‑PME, investi en petites valeurs de la zone euro, le mandat PEA Blue Chips axé sur les grandes capitalisations, ainsi que nos deux fonds PEA Opti Actions Euro(14) et BRED Sélection ISR(15).
C.T. : Comment abordez-vous les stratégies de performance absolue cette année ?
M.F. : Nous les renforçons parce qu’elles répondent bien au régime de marché actuel : taux courts plus bas, marchés actions exigeants, risques géopolitiques persistants.
Les stratégies de performance absolue sont censées permettre de rechercher de la performance moins corrélée aux grands indices et d’amortir les épisodes de volatilité. Pour nous, elles sont un complément clé aux expositions directionnelles en actions, en crédit et en dette émergente.
C.T. : En conclusion, Marc, que devons-nous retenir de votre approche ?
M.F. : En 2026, la simple exposition aux marchés ne suffit plus : c’est la combinaison d’une vraie diversification, d’une sélection exigeante des actifs et d’une gestion active des risques qui doit permettre de transformer un environnement complexe en trajectoire d’investissement solide pour nos clients.