Crise sanitaire et croissance

Une opportunité malgré l'urgence
20 Octobre 2020

La phase la plus aiguë de la crise sanitaire est probablement derrière nous. Le rebond de l’activité de ces derniers mois s’est accéléré au-delà des anticipations. Cependant, la pause estivale n’aura pas suffi pour tourner la page de cette menace pandémique. Tant que des mesures sanitaires, en amont avec le vaccin ou en aval avec des traitements efficaces, ne seront pas trouvées, la trajectoire d’un retour à une situation normale restera entravée par l’inquiétude qui plane face à ce virus.

La consommation des ménages 

Des niveaux d’épargne particulièrement élevés, une consommation plus hésitante, des investissements en suspens vont dessiner le profil de la croissance au cours des prochains mois. Les dernières enquêtes avancées sur l’activité donnent un aperçu de ces doutes.

Ainsi, la confiance des ménages qui avait fortement rebondi en juin se tasse à nouveau depuis juillet. Après le dé-confinement, les dépenses de biens durables se sont accélérées au-delà des attentes dans une perspective de rattrapage qui n’a été que partiel et devrait s’éroder à nouveau.

Les situations contrastées du marché du travail

Le marché du travail, où, malgré l’arrêt de l’activité, les revenus avaient été pour partie préservés durant le confinement, va révéler à présent des situations plus contrastées.

La reprise sectorielle dessinera une frontière qui scindera les activités qui retrouvent une configuration normalisée de celles encore lourdement entravées par les risques sanitaires. Cette ligne de démarcation restera source de disparités dans les comportements des ménages et des entreprises. Ces dernières sont aussi concernées par les mesures de distanciation. L'enthousiasme de la reprise fait aujourd’hui place à plus de réserve.

Le rebond des enquêtes de conjoncture qui s’est poursuivi en juillet, gagnant encore 7 points, à 85 sur l’indice synthétique, reste encore loin de sa moyenne de long terme de 100. Le retracement du retard dans les services est aussi spectaculaire, l’indice ayant plus que doublé depuis son point bas à 41,5 en avril. Dans les deux cas, l’interprétation de ce rebond ne peut occulter le contexte très exceptionnel de ces enquêtes et le retard qui subsiste.

Une trajectoire de croissance

Le plan de relance que les autorités françaises vont décliner dans les prochains jours va se concentrer sur l’inéluctable retard de croissance engendré par cette situation. Ainsi, le repli de 2020 sera probablement moins important que les estimations élaborées au début de la crise sanitaire. Il pourrait pourtant s’établir à plus de 9%. Et si le rebond attendu en 2021 sera soutenu, il n’effacera que partiellement le repli précédant. C’est à ce titre que les mesures budgétaires vont jouer un rôle central pour retrouver une trajectoire de croissance plus équilibrée, alliant des soutiens indispensables aux secteurs sinistrés à des projets au long cours sur des segments d’activité qui se sont révélés fragiles durant la crise. La forte concentration des exportations sur quelques secteurs d’activité, aéronautique, luxe, tourisme en est une illustration.

Nos fragilités industrielles, notre relatif retard en matière de connectivité, l’accélération de la transition énergétique et la centralisation sont autant de domaines qui, à l’occasion de ce choc sans précédent, ont révélé leur part de vulnérabilité. L’impulsion de l’Etat est légitimée par l’expérience de cette épreuve. Les montants qui seront consacrés à ces projets ainsi que leurs conséquences en matière d’endettement justifient aussi que les attentes soient fortes pour soutenir cet effort et participer à la reprise.